Votre visage est soudainement figé d’un côté ? Vous avez du mal à fermer un œil ou à sourire ?
C’est une paralysie faciale, et même si c’est impressionnant, c’est souvent temporaire. Ce guide vous explique les causes, les symptômes et comment la traiter efficacement.
L’essentiel sur la paralysie faciale en 5 points clés
Voici ce qu’il faut retenir en priorité sur la paralysie faciale :
- Cause principale : Le plus souvent, c’est une inflammation du nerf facial, appelée paralysie de Bell. Son origine est souvent inconnue mais peut être liée à un virus comme l’herpès.
- Symptômes typiques : L’apparition est brutale. Un seul côté du visage est faible, la bouche tombe, il est difficile de fermer l’œil et les rides du front s’effacent de ce côté. Une douleur derrière l’oreille peut précéder la paralysie.
- Diagnostic : Le diagnostic se base surtout sur un examen clinique. Le médecin vous demandera de faire des mimiques. Des examens (IRM, prise de sang) servent à écarter d’autres causes plus rares.
- Traitement : Le traitement principal est la prise de corticoïdes (comme la prednisone) le plus tôt possible, idéalement dans les 72h. La protection de l’œil est indispensable pour éviter les complications.
- Guérison : Le pronostic est bon. La majorité des personnes récupère totalement en quelques semaines ou quelques mois, surtout si le traitement est commencé rapidement.
Comprendre la paralysie faciale : Définition et types
La paralysie faciale est simplement l’incapacité des muscles de la face à bouger. Cela vient d’un problème avec le nerf facial, aussi appelé le 7ème nerf crânien. Ce nerf contrôle la plupart des muscles du visage et du cou. Il a également une fonction dans le goût, la production de larmes et de salive.
Quand ce nerf est endommagé ou enflammé, les messages du cerveau n’arrivent plus correctement aux muscles faciaux. Il existe deux grands types de paralysies faciales, selon l’endroit où se situe le problème.
Paralysie faciale périphérique
C’est la forme la plus fréquente. Ici, le problème se situe directement sur le trajet du nerf facial, après sa sortie du cerveau. Elle touche toute la moitié du visage, de haut en bas. Vous ne pouvez plus lever le sourcil, fermer l’œil ni sourire du côté paralysé. La fameuse paralysie de Bell est une paralysie faciale périphérique.
Paralysie faciale centrale
Celle-ci est plus rare et signale un problème directement dans le cerveau, comme un AVC. La lésion touche les commandes nerveuses avant qu’elles n’atteignent le nerf facial. La grande différence est que la paralysie faciale centrale ne touche que la partie inférieure du visage (bouche, joue). Le patient peut toujours froncer le front et fermer les yeux plus ou moins normalement. C’est un signe d’alerte important.
Quels sont les symptômes d’une paralysie faciale ?
Les symptômes apparaissent brutalement, souvent en quelques heures ou au réveil le matin. Ils varient d’une simple faiblesse à une paralysie complète, toujours sur un seul côté du visage.
Les signes visibles sur le côté paralysé (hypotonie)
Le côté paralysé manque de tonus. Les muscles sont relâchés, ce qui provoque une asymétrie évidente du visage, même au repos.
- Partie supérieure du visage : Le sourcil est plus bas, les rides du front disparaissent.
- Au niveau de l’œil : La fermeture de l’œil est difficile ou impossible. Lors de l’effort pour fermer la paupière, le globe oculaire part vers le haut et l’extérieur (c’est le signe de Charles Bell). Les cils semblent aussi plus visibles (signe des cils de Souques).
- Partie inférieure du visage : Le pli entre le nez et la bouche (sillon nasogénien) est effacé. La commissure labiale (le coin de la bouche) chute. Il est impossible de sourire, de siffler ou de gonfler la joue du côté paralysé.
Ces symptômes entraînent des difficultés pour parler (l’élocution est gênée) et pour manger. La nourriture peut rester coincée entre la joue et la gencive, et la salive peut couler du coin de la bouche.
Les réactions du côté sain (hyperactivité)
Par contraste, le côté non atteint semble « trop » fonctionner. Les muscles du côté sain se contractent plus fort pour compenser, ce qui accentue l’asymétrie.
- Le sourcil est plus haut que la normale.
- Les rides du front et le pli nasogénien sont très marqués.
- Lors d’un sourire, la bouche est fortement attirée du côté sain.
Les autres symptômes associés
Au-delà des signes visibles, d’autres symptômes peuvent apparaître, selon la zone du nerf facial touchée.
- Douleur : Une douleur derrière l’oreille (rétroauriculaire) est fréquente et peut apparaître un ou deux jours avant la paralysie.
- Sensations : Une sensation de visage engourdi, lourd ou cartonné est parfois décrite.
- Audition : Une hyperacousie douloureuse peut survenir. Les sons sont perçus comme anormalement forts et gênants, car le muscle stapédien (dans l’oreille) est paralysé.
- Goût : Une perte du goût (agueusie) sur les deux tiers avant de la langue est possible.
- Sécrétions : L’œil peut être sec (faute de larmes) et la bouche aussi (faute de salive). Parfois, au contraire, la salive s’accumule car elle n’est pas bien déglutie.
Quelles sont les causes de la paralysie faciale ?
Identifier la cause est essentiel pour le traitement, même si dans de nombreux cas, aucune cause précise n’est trouvée.
La cause la plus fréquente : la paralysie de Bell (ou « a frigore »)
C’est la cause la plus courante de paralysie faciale périphérique (environ 70% des cas). On l’appelle « a frigore » car elle était autrefois associée à une exposition au froid, même si le lien n’est pas prouvé. Son apparition est très brutale.
Le plus souvent, on ne trouve aucune cause claire, on parle alors de paralysie idiopathique. C’est un diagnostic d’élimination : quand on a écarté toutes les autres causes possibles, on conclut à une paralysie de Bell. On pense qu’elle est due à une inflammation du nerf facial, possiblement déclenchée par une réactivation du virus de l’herpès.
Les causes infectieuses
De nombreux virus et bactéries peuvent attaquer le nerf facial et provoquer une paralysie.
- Causes virales :
- Le zona : Le virus de la varicelle peut se réactiver et causer le syndrome de Ramsay-Hunt. Il associe paralysie faciale, douleur intense à l’oreille et une éruption de petites vésicules dans le conduit auditif.
- Le VIH : La paralysie faciale peut survenir à tous les stades de l’infection.
- Autres virus : COVID-19, mononucléose, oreillons, rubéole, grippe.
- Causes bactériennes :
- La maladie de Lyme : Transmise par une morsure de tique, elle peut provoquer une paralysie faciale, parfois des deux côtés du visage (diplégie faciale).
- L’otite moyenne chronique ou une mastoïdite (infection de l’os derrière l’oreille) peuvent se compliquer et atteindre le nerf facial.
Les causes traumatiques
Un choc violent peut endommager le nerf facial. C’est le cas lors d’une fracture du crâne touchant l’os du rocher, où passe le nerf. Une paralysie peut aussi être une complication d’une chirurgie de l’oreille ou de la glande parotide.
Les causes tumorales
Une tumeur située sur le trajet du nerf facial peut le comprimer et entraîner une paralysie. Contrairement à la paralysie de Bell, l’installation est ici lente et progressive, sur plusieurs semaines ou mois. Il peut s’agir d’un neurinome (tumeur du nerf lui-même) ou d’une tumeur de la glande parotide.
Les autres maladies associées
D’autres pathologies plus générales peuvent être responsables d’une paralysie faciale.
- Vasculaires : Un Accident Vasculaire Cérébral (AVC) touchant le tronc cérébral peut provoquer une paralysie faciale centrale.
- Métaboliques : Le diabète est un facteur de risque connu.
- Inflammatoires et systémiques :
- La sclérose en plaques.
- Le syndrome de Guillain-Barré (polyradiculonévrite aiguë).
- La sarcoïdose (le syndrome d’Heerfordt associe une paralysie faciale à une inflammation de la parotide et de l’œil).
- Le syndrome de Melkerson-Rosenthal (une maladie rare associant paralysie faciale récidivante, langue plissée et gonflement des lèvres).
Comment le diagnostic est-il posé ?
Face à une paralysie du visage, le médecin doit agir vite pour confirmer le diagnostic et chercher une cause.
L’examen clinique avant tout
Le diagnostic est d’abord clinique. Le médecin observe votre visage au repos pour repérer l’asymétrie. Ensuite, il vous demande de faire une série de mouvements et de mimiques :
- Hausser les sourcils
- Froncer les sourcils
- Fermer les yeux (d’abord doucement, puis en forçant)
- Sourire en montrant les dents
- Gonfler les joues
- Siffler
Cet examen simple permet de confirmer la paralysie et de distinguer une atteinte périphérique d’une atteinte centrale. Le médecin regarde aussi dans vos oreilles (otoscopie) à la recherche de vésicules (zona) ou d’une otite.
Les examens complémentaires
Si la cause n’est pas évidente, des examens sont nécessaires pour explorer les pistes.
- IRM cérébrale : C’est l’examen de choix pour vérifier qu’il n’y a pas de tumeur, de signe d’AVC ou de sclérose en plaques.
- Scanner des rochers : Utile en cas de suspicion de fracture après un traumatisme ou pour explorer une otite chronique.
- Analyses de sang : Elles recherchent des signes d’infection, notamment la sérologie de Lyme.
- Ponction lombaire : Rarement, une analyse du liquide céphalo-rachidien est faite si on suspecte une méningoradiculite (infection des méninges et des racines nerveuses).
- Électroneuromyogramme (ENMG) : Cet examen mesure l’activité électrique du nerf et des muscles. Il n’est pas fait en urgence mais peut être utile après quelques semaines pour évaluer la gravité de l’atteinte du nerf et suivre la récupération.
Quels sont les traitements de la paralysie faciale et de ses séquelles ?
Le traitement dépend de la cause, mais dans le cas fréquent de la paralysie de Bell, il faut agir vite.
Le traitement médical d’urgence
Le traitement initial vise à réduire l’inflammation du nerf pour favoriser une meilleure récupération.
- Corticothérapie : La prise de Prednisone par voie orale (1mg/kg/jour) pendant 7 à 10 jours est le traitement de référence. Il doit être commencé dans les 72 heures après l’apparition des symptômes pour être efficace.
- Antiviraux : Des médicaments comme le valaciclovir peuvent être ajoutés si on suspecte une origine virale (herpès, zona), bien que leur efficacité soit débattue dans la paralysie de Bell simple.
Attention : La protection de l’œil est une priorité absolue.
Comme l’œil ne se ferme plus, la cornée est exposée au dessèchement et aux poussières, ce qui risque de provoquer une kératite, une infection grave. Il est indispensable d’utiliser des larmes artificielles ou du sérum physiologique très régulièrement dans la journée et d’appliquer une pommade et un pansement occlusif pour fermer l’œil la nuit.
Les traitements des séquelles
Quand la récupération n’est pas complète, des séquelles peuvent persister. Plusieurs options existent pour les gérer.
- Toxine botulique : Des injections peuvent être faites pour réduire l’hyperactivité du côté sain et ainsi améliorer la symétrie. Elles sont aussi très utiles pour traiter les contractions involontaires (syncinésies) du côté paralysé.
- Kinésithérapie / Orthophonie : La rééducation est importante. Elle aide à réapprendre à contrôler les muscles faciaux, à éviter les contractions anormales et à travailler la symétrie.
Le traitement chirurgical
La chirurgie est réservée aux séquelles importantes et persistantes, plusieurs mois après le début de la paralysie. Elle ne restaure pas le mouvement initial mais vise à corriger les défauts.
- Chirurgie de la paupière : Pour protéger l’œil, on peut réaliser une tarsorraphie (suture partielle des paupières) ou une blépharorraphie (retension de la paupière).
- Chirurgie du sourire : Des techniques complexes comme le transfert du muscle temporal (technique du Dr Daniel Labbé) permettent de recréer un sourire volontaire.
Évolution, pronostic et séquelles possibles
Le pronostic de la paralysie faciale est généralement bon, surtout pour la paralysie de Bell.
Si la paralysie est incomplète, la récupération est quasi-certaine. Si elle est complète, l’évolution est favorable dans la grande majorité des cas si le traitement est bien suivi. La récupération débute souvent entre 8 et 15 jours après le début des symptômes et la guérison est le plus souvent complète en moins de 2 mois.
Des séquelles persistent dans 5 à 10% des cas. Les plus fréquentes sont :
- Les syncinésies : Ce sont des mouvements involontaires. Par exemple, l’œil se ferme quand le patient essaie de sourire.
- L’hémispasme facial post-paralytique : Des contractions musculaires incontrôlables du côté atteint.
- Le syndrome des « larmes de crocodile » : Le patient pleure d’un œil lorsqu’il mange.
La paralysie faciale est une urgence médicale, non pas parce qu’elle est grave en soi, mais parce qu’un traitement rapide maximise les chances de récupération complète. Il est donc crucial de consulter un médecin ou les urgences dès l’apparition des premiers symptômes.




