Vous n’arrivez pas à fermer complètement les yeux ? Vous vous réveillez avec une sensation de sécheresse ou d’irritation ?
C’est peut-être une lagophtalmie. Ce guide vous explique les causes, les symptômes et les traitements pour y remédier.
Qu’est-ce que la lagophtalmie ?
La lagophtalmie est l’incapacité de fermer complètement une ou les deux paupières. Cette fermeture incomplète laisse la surface de l’œil exposée, même pendant le sommeil. Normalement, les paupières protègent le globe oculaire de la poussière, des microbes et du dessèchement.
Quand la fermeture est défaillante, la cornée et la conjonctive ne sont plus protégées. L’œil s’assèche, s’irrite et devient vulnérable aux infections. Cet état peut toucher un seul œil ou les deux yeux.
Il existe une forme spécifique, la lagophtalmie nocturne, où l’incapacité à fermer les yeux ne se produit que pendant le sommeil. La personne ne s’en rend souvent pas compte, mais subit les conséquences au réveil. Le mot vient du grec ancien « lagôs » (lièvre) et « ophthalmós » (œil), car on croyait à tort que les lièvres dormaient les yeux ouverts.
Quelles sont les causes de la lagophtalmie ?
La lagophtalmie n’est pas une maladie en soi, mais le symptôme d’un autre problème. Les causes sont variées et peuvent être regroupées en plusieurs catégories.
Les causes neurologiques
La cause la plus fréquente est une atteinte du 7e nerf crânien, le nerf facial. Ce nerf contrôle les muscles du visage, y compris ceux qui ferment les paupières. S’il est endommagé, les muscles ne reçoivent plus l’ordre de se contracter et la paupière ne peut plus se fermer. On parle alors de lagophtalmie paralytique.
La paralysie de Bell est la forme la plus courante de paralysie du nerf facial. Elle survient soudainement et est souvent temporaire. D’autres atteintes neurologiques, comme un AVC ou une tumeur cérébrale, peuvent aussi endommager ce nerf et entraîner une lagophtalmie.
Les causes musculaires
Certaines maladies musculaires, ou myopathies, peuvent affaiblir les muscles responsables de la fermeture des paupières. La dystrophie facio-scapulo-humérale (FSH) est un exemple de maladie génétique qui affecte les muscles du visage, des épaules et des bras, et peut provoquer une lagophtalmie.
Les causes mécaniques ou traumatiques
Parfois, un obstacle physique ou une modification de la structure de la paupière empêche sa fermeture. Voici les cas principaux :
- Les cicatrices : Suite à une blessure, une brûlure ou une opération, une cicatrice sur la paupière peut la rétracter et l’empêcher de couvrir tout le globe oculaire.
- L’exophtalmie : C’est une protrusion du globe oculaire, qui « sort » de son orbite. Les paupières deviennent trop courtes pour le couvrir entièrement. C’est souvent lié à des maladies de la thyroïde, comme la maladie de Basedow.
- L’ectropion : Il s’agit d’un affaissement de la paupière inférieure qui se tourne vers l’extérieur. C’est fréquent chez les personnes âgées, car les tissus se relâchent. La paupière ne plaque plus contre l’œil et ne participe plus à la fermeture.
Les causes post-chirurgicales
Une lagophtalmie peut survenir après certaines opérations des paupières. C’est un risque connu de la blépharoplastie (chirurgie esthétique des paupières). Si le chirurgien retire trop de peau de la paupière supérieure ou inférieure, celle-ci peut devenir trop courte pour se fermer complètement.
Les autres conditions médicales
D’autres situations ou maladies peuvent entraîner une lagophtalmie :
- Le coma : Les patients dans le coma ont souvent les yeux partiellement ouverts car le tonus musculaire est diminué.
- Les tumeurs : Une tumeur située près de l’œil ou sur le trajet du nerf facial peut gêner la fermeture des paupières.
- La lèpre : Cette maladie infectieuse peut atteindre les nerfs du visage et provoquer une paralysie faciale.
La cause congénitale ou génétique
Dans de rares cas, la lagophtalmie est présente dès la naissance. Elle peut être due à une malformation des paupières ou être d’origine génétique et donc héréditaire.
Quels sont les symptômes et les risques associés ?
Les signes de la lagophtalmie sont directement liés à l’exposition de la surface de l’œil. L’absence de traitement peut entraîner des complications sérieuses.
Les symptômes pour reconnaître la lagophtalmie
Les symptômes sont souvent plus marqués au réveil, après une nuit où l’œil est resté partiellement ouvert. Voici les plus courants :
- Yeux secs (xérophtalmie) : C’est le symptôme principal. La cornée n’est plus humidifiée par le film lacrymal, ce qui provoque une sensation de sécheresse oculaire.
- Sensation de corps étranger : L’impression d’avoir du sable ou un cil dans l’œil.
- Brûlures, picotements ou démangeaisons : L’irritation de la cornée et de la conjonctive cause ces sensations désagréables.
- Rougeur et inflammation : L’œil devient rouge à cause de l’exposition à l’air et aux impuretés.
- Larmoiement excessif : C’est une réaction paradoxale. Pour compenser la sécheresse, l’œil produit plus de larmes, mais elles s’évaporent vite ou s’écoulent mal.
- Vision floue : Surtout le matin, la sécheresse de la cornée peut rendre la vision trouble. Elle s’améliore souvent après avoir cligné des yeux plusieurs fois.
- Sensibilité à la lumière (photophobie) : Un œil irrité est plus sensible à la lumière.
La lagophtalmie nocturne peut aussi perturber le sommeil, avec des réveils fréquents ou des insomnies, sans que la personne ne comprenne pourquoi.
Un signe clinique que le médecin peut observer est le phénomène de Bell. Quand on demande au patient de fermer les yeux, le globe oculaire tourne vers le haut et l’extérieur. C’est un réflexe normal de protection, mais dans la lagophtalmie, il devient visible car la paupière ne se ferme pas.
Les complications et risques en l’absence de traitement
Ne pas traiter une lagophtalmie expose l’œil à des dommages potentiellement graves. Le principal danger concerne la cornée.
Point d’attention : Le risque majeur de la lagophtalmie est l’atteinte de la cornée. Une exposition prolongée peut entraîner des lésions irréversibles et une baisse de la vision.
Voici les complications possibles, par ordre de gravité :
- Kérato-conjonctivite : C’est une inflammation de la cornée (kératite) et de la conjonctive (conjonctivite) due au dessèchement.
- Kératopathie d’exposition : Le manque de protection et d’hydratation provoque des lésions sur la surface de la cornée. De petites plaies peuvent se former.
- Ulcère cornéen : Si les lésions s’aggravent, un ulcère (une plaie ouverte) peut apparaître sur la cornée. C’est une complication douloureuse qui peut s’infecter et laisser une cicatrice, entraînant une baisse permanente de la vision.
- Infections oculaires : Un œil mal protégé est une porte d’entrée pour les bactéries et les virus. Les conjonctivites et les kératites infectieuses sont plus fréquentes.
Sur le long terme, si la cornée est constamment endommagée, elle peut s’opacifier, voire se détruire. Cela a un impact direct et sévère sur l’acuité visuelle.
Comment diagnostiquer et traiter la lagophtalmie ?
Le parcours de soin commence par un diagnostic précis chez un spécialiste, qui déterminera ensuite le traitement le plus adapté, allant de simples gouttes à une intervention chirurgicale.
Le diagnostic par un ophtalmologiste
Seul un ophtalmologiste peut confirmer le diagnostic de lagophtalmie. Si vous suspectez ce problème, il est essentiel de consulter.
Lors de la consultation, le médecin procède à un examen simple :
- Il vous demande de fermer les yeux doucement, comme pour dormir, et observe si la fermeture est complète.
- Il examine l’état de la cornée, des cils et de la peau autour des yeux.
- Il peut utiliser un colorant (fluorescéine) pour mettre en évidence les zones de sécheresse ou les éventuelles lésions sur la cornée.
Des tests supplémentaires peuvent être nécessaires pour évaluer la production de larmes ou pour trouver la cause de la lagophtalmie. Il est aussi important de la différencier d’autres troubles du sommeil comme le bruxisme ou le syndrome des jambes sans repos.
Les traitements conservateurs et médicaux
Pour les cas légers à modérés, ou en attendant de traiter la cause, l’objectif est de protéger la cornée du dessèchement. Plusieurs solutions existent :
- Larmes artificielles (gouttes) : Utiliser régulièrement des gouttes de lubrifiant oculaire pendant la journée aide à maintenir l’œil hydraté.
- Pommades et gels ophtalmiques : Plus épais que les gouttes, ils assurent une protection plus longue. Ils sont particulièrement recommandés la nuit, avant de se coucher.
- Fermeture de la paupière la nuit : Le médecin peut recommander de fermer la paupière avec un sparadrap hypoallergénique ou d’utiliser un pansement oculaire.
- Masques de sommeil : Un masque bien ajusté peut aider à maintenir un environnement humide autour de l’œil et à éviter que la paupière ne s’ouvre.
- Lentilles de contact thérapeutiques : Dans certains cas, une lentille de contact spéciale, souple et perméable à l’oxygène, peut être portée pour agir comme un bouclier protecteur sur la cornée.
- Antibiotiques : Si une infection (kératite, ulcère) se développe, des gouttes ou pommades antibiotiques sont prescrites.
Les interventions chirurgicales possibles
Si les traitements conservateurs ne suffisent pas ou si la lagophtalmie est sévère et permanente, une opération peut être nécessaire. Le but est de restaurer la capacité de fermeture de la paupière.
Voici les principales interventions :
- La tarsoraphie : C’est une procédure qui consiste à suturer une partie de la paupière supérieure et inférieure pour réduire la fente palpébrale. La fermeture est généralement temporaire et réversible.
- L’implantation d’un poids en or ou en platine : Le chirurgien insère une petite plaque (un poids) dans la paupière supérieure. Par simple effet de gravité, ce poids aide la paupière à se fermer lorsque la personne se détend ou se couche. C’est une technique efficace pour les lagophtalmies paralytiques.
- La canthoplastie ou canthopexie : Ces techniques visent à retendre et repositionner le coin externe de l’œil pour améliorer le contact de la paupière avec le globe oculaire et faciliter la fermeture.
- La chirurgie de l’ectropion : Si la lagophtalmie est causée par un affaissement de la paupière inférieure, une opération permet de la remettre en bonne position.
- La reconstruction de la paupière : En cas de manque de peau dû à une cicatrice ou une blépharoplastie, une greffe de peau peut être nécessaire pour redonner à la paupière sa longueur initiale.
Le choix de la technique dépend entièrement de la cause de la lagophtalmie, de sa sévérité et de l’état général du patient.
La lagophtalmie est donc une condition qui doit être prise au sérieux à cause de ses risques pour la cornée. Heureusement, des symptômes clairs permettent de la suspecter et des solutions existent.
Si vous ressentez une sécheresse oculaire au réveil ou si un proche vous dit que vous dormez les yeux ouverts, n’attendez pas. Consultez un ophtalmologiste pour obtenir un diagnostic précis et le traitement adapté à votre situation.




