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Greffe de la Rétine : Qu’est-ce que c’est ?

Greffe de la Rétine : Qu’est-ce que c’est ?

Votre rétine est abîmée par la DMLA ou une rétinopathie pigmentaire ? Le mot « greffe » peut prêter à confusion.

Ce guide vous explique clairement les deux solutions qui existent : l’implant bionique et la thérapie cellulaire.

La rétine artificielle : l’implant bionique pour restaurer la vision

Quand on parle de « greffe de la rétine », on pense souvent à la rétine artificielle. Il ne s’agit pas de remplacer l’œil, mais d’y placer un petit appareil électronique. Le but est de compenser la perte des photorécepteurs, les cellules qui captent la lumière et qui sont détruites par des maladies comme la DMLA ou la rétinite pigmentaire.

Cet implant fonctionne comme un substitut. Il capte les informations visuelles et les transforme en signaux électriques. Ces signaux vont ensuite stimuler électriquement les neurones de la rétine qui sont encore fonctionnels. Le cerveau peut alors interpréter ces signaux pour former une image. C’est une sorte de pontage électronique pour contourner les cellules abîmées.

Principe et fonctionnement

Le principe est simple : puisque les photorécepteurs ne marchent plus, on utilise la technologie pour faire leur travail. L’implant rétinien, qui fait environ 3×3 millimètres, est placé chirurgicalement sur ou sous la rétine. Il est composé de minuscules électrodes qui vont directement « parler » aux neurones survivants.

Pour que ça marche, l’implant a besoin d’informations venant de l’extérieur. Les patients portent donc une paire de lunettes équipées d’une caméra miniature. Cette caméra filme ce qui se passe devant la personne et envoie les images à un petit ordinateur. Cet ordinateur transforme les images en un code électrique simple que l’implant peut comprendre. Le cerveau, lui, doit apprendre à décoder ces nouvelles informations visuelles.

Les différents types d’implants et modèles existants

Il existe principalement deux approches pour placer l’implant. Chaque approche a ses propres modèles, développés par différentes entreprises dans le monde, notamment en France.

1. Les implants épirétiniens (placés sur la rétine)

Ces implants sont fixés à la surface de la rétine. Le système repose sur une caméra externe qui transmet l’information à l’implant par ondes radio.

  • Argus II : Développé par la société américaine Second Sight, c’est l’un des plus connus. Il utilise 60 électrodes pour stimuler la rétine. Il a été l’un des premiers à être commercialisé.
  • IRIS II : Créé par l’entreprise française Pixium Vision. Cet implant est plus récent et possède 150 électrodes, ce qui permet en théorie d’obtenir une image un peu plus détaillée que l’Argus II.

2. Les implants sous-rétiniens (placés sous la rétine)

Ici, l’implant est glissé sous la rétine, à l’endroit même où se trouvaient les photorécepteurs. Cette position est plus naturelle pour le traitement du signal visuel.

  • Retina Implant AG : Un modèle allemand qui contient 1 500 électrodes, offrant une bien meilleure résolution. Son principal inconvénient est qu’il nécessite un câble d’alimentation qui sort de l’œil.
  • PRIMA : Également développé par Pixium Vision, c’est un implant de nouvelle génération. Il est minuscule (2 mm de large, 0,03 mm d’épaisseur), totalement sans fil et peut contenir jusqu’à 2 000 électrodes à terme. Son fonctionnement est différent : un projecteur infrarouge sur les lunettes envoie un signal lumineux directement sur l’implant, qui le convertit en stimulation électrique. Un processeur de poche utilise l’IA pour simplifier l’image avant de l’envoyer.

Bon à savoir : l’étude PRIMAvera

Une étude clinique européenne de phase III, nommée PRIMAvera, est en cours pour le système PRIMA. Elle inclut 38 patients et vise à confirmer la sécurité et l’efficacité de cet implant de pointe. L’objectif est un gain d’au moins 10 lettres sur l’échelle de mesure de l’acuité visuelle ETDRS.

Qui sont les patients éligibles à une rétine artificielle ?

Tout le monde ne peut pas bénéficier d’un implant rétinien. La condition la plus importante est que le nerf optique et les cellules nerveuses de la rétine soient encore fonctionnels. L’implant se contente de remplacer les photorécepteurs ; si le reste du « câblage » vers le cerveau est endommagé, le système ne peut pas fonctionner.

Cet implant s’adresse donc aux personnes atteintes de maladies spécifiques qui détruisent uniquement les photorécepteurs.

  • La rétinite pigmentaire : C’est une maladie génétique rare qui provoque une perte progressive de la vision. Elle touche environ 1 naissance sur 4 000, ce qui représente près de 30 000 personnes en France. C’est la principale indication pour les premiers implants comme Argus II.
  • La Dégénérescence Maculaire Liée à l’Âge (DMLA) : C’est la première cause de handicap visuel chez les plus de 50 ans dans les pays développés. La DMLA touche principalement la vision centrale. L’implant PRIMA, par exemple, cible spécifiquement la forme atrophique (ou « sèche ») de la DMLA, pour laquelle il n’existe aucun traitement.

Quelques chiffres sur la DMLA

La Dégénérescence Maculaire Liée à l’Âge est une maladie très répandue. On estime qu’elle touche environ un quart des personnes de plus de 75 ans. L’arrivée d’implants pour la forme sèche représente un espoir pour des millions de patients.

La pose de l’implant se fait lors d’une intervention chirurgicale complexe (chirurgie rétino-vitréenne) qui peut durer entre 2h30 et 5 heures. La décision d’opérer est prise au cas par cas, après une série d’examens approfondis.

Quels résultats attendre et quelles sont les limites ?

Il faut être très clair : la rétine artificielle ne restaure pas la vision d’avant. Les patients ne retrouvent pas une vue normale. L’objectif est de redonner une autonomie fonctionnelle aux personnes devenues aveugles.

Après l’opération et l’activation de l’implant, une longue période de rééducation est nécessaire. Le patient doit réapprendre à voir avec son cerveau, en interprétant les signaux lumineux (appelés phosphènes) générés par les électrodes. Cela demande des exercices quotidiens.

Les résultats concrets

Les résultats varient d’un patient à l’autre, mais beaucoup rapportent des améliorations significatives de leur qualité de vie. Ils peuvent :

  • Percevoir des signaux lumineux et des contrastes.
  • Se déplacer seuls en repérant les portes, les fenêtres ou les passages piétons.
  • Suivre une ligne blanche sur le sol.
  • Localiser des objets sur une table.
  • Certains patients arrivent même à lire des mots écrits en gros caractères blancs sur fond noir.

Les limites de la technologie

La principale limite est la résolution de l’image. L’implant Argus II n’a que 60 électrodes (60 pixels) et l’IRIS II en a 150. C’est très peu comparé à un œil sain. Pour pouvoir reconnaître des visages ou lire un livre de manière autonome, la recherche estime qu’il faudrait une résolution de 600 à 1 000 pixels.

Le coût est aussi un frein. Le dispositif Argus II, par exemple, coûte environ 90 000 euros. En France, son financement est pris en charge dans le cadre du « forfait innovation », un dispositif qui permet de financer des technologies de santé prometteuses.

La thérapie cellulaire : le « patch » pour régénérer la rétine

Une autre approche, encore au stade de la recherche mais très prometteuse, est la thérapie cellulaire. Ici, l’idée n’est pas de poser un implant électronique, mais de greffer de nouvelles cellules pour remplacer celles qui sont malades.

Cette technique vise principalement à remplacer les cellules de l’épithélium pigmentaire rétinien (EPR), une couche de cellules qui soutient et nourrit les photorécepteurs. La mort de l’EPR entraîne celle des photorécepteurs dans des maladies comme la DMLA.

Des chercheurs français, notamment à l’Institut de la Vision et à I-Stem (le laboratoire de l’AFM-Téléthon), ont mis au point un « patch cellulaire« .

  • Ce patch est créé en laboratoire à partir de cellules souches embryonnaires humaines.
  • Ces cellules sont différenciées pour devenir des cellules d’EPR.
  • Elles sont ensuite disposées sur une membrane amniotique humaine, qui leur sert de support.
  • Ce patch est ensuite greffé chirurgicalement sous la rétine du patient.

Cette approche est destinée aux patients dont l’épithélium rétinien est altéré mais qui possèdent encore des photorécepteurs fonctionnels. La greffe a pour but de sauver ces photorécepteurs restants et de stopper la progression de la maladie. Des essais cliniques sur l’homme, menés notamment à l’Hôpital des Quinze-Vingts à Paris, sont prévus pour recruter les premiers patients.

Les enjeux de la recherche et les pistes d’avenir

La recherche sur la restauration de la vision avance très vite. Plusieurs pistes sont explorées pour améliorer les technologies existantes ou en créer de nouvelles.

1. L’amélioration des implants

Les scientifiques travaillent sur des matériaux plus performants pour augmenter le nombre d’électrodes et la résolution des images. Des pistes comme le graphène ou le diamant sont étudiées. D’autres équipes développent des implants en 3D qui épouseraient mieux la forme de la rétine pour une stimulation plus précise.

2. L’optogénétique

C’est une approche complètement différente. L’optogénétique consiste à rendre les neurones de la rétine sensibles à la lumière, alors qu’ils ne le sont pas naturellement. Pour cela, on leur injecte, via un virus inoffensif, une protéine appelée opsine, qui réagit à la lumière. Ainsi, même sans photorécepteurs, les neurones peuvent être directement activés par la lumière ambiante.

Des entreprises comme Gensight Biologics et Retrosense sont très avancées dans ce domaine. L’optogénétique pourrait un jour offrir une alternative aux implants pour certaines maladies de la rétine. Vous pouvez en savoir plus sur leur site Gensight Biologics.

La « greffe de rétine » n’est donc pas une transplantation d’organe comme pour un cœur ou un rein. C’est un domaine de haute technologie où deux voies se dessinent. La rétine artificielle est déjà une réalité pour certains patients atteints de rétinite pigmentaire ou de DMLA. La thérapie cellulaire, elle, représente un espoir majeur pour l’avenir, avec le potentiel de régénérer les tissus abîmés.

Léa

Léa

Passionnée de beauté naturelle et de bien-être, partageant astuces et conseils pour sublimer votre quotidien.